Un budget allemand à 2% ou 3% ?

Depuis que la donne sécuritaire a changé, que le pacifisme de la population allemande s’est de ce fait relativisé et que les Etats-Unis de Trump ont tapé du poing sur la table pour voir, «vraiment», les budgets militaires européens augmenter d’ici à 2024, les Allemands se livrent à une surenchère de propositions à la hausse.

La ministre de la Défense Ursula von der Leyen milite bien sûr en faveur d’un budget à 2% (1,19% en 2016). Tout récemment, son ministère a revu à la hausse l’évolution programmée des effectifs. Il est désormais question d’atteindre les 198 000 soldats à l’horizon 2024, contre 192 000 récemment, et ce pour des effectifs actuels de 166 500 hommes.

Fait nouveau, au lendemain de la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC), le grand argentier Wolfgang Schäuble a soutenu ces objectifs comme jamais il ne l’avait fait : «On ne peut pas tout s’offrir, mais si on sait se fixer des priorités, c’est possible. Nous disposons de la marge de manœuvre nécessaire», a-t-il expliqué.

Pour sa part, le Président de la République en exercice, Joachim Gauck, a repris l’idée lancée par le patron de la MSC, Wolfgang Ischinger, qui plaide pour un budget à 3% du PIB ! Attention, Ischinger inclut dans cette part les dépenses militaires classiques, l’aide au développement et ce qu’il appelle sans trop de précision la «diplomatie humanitaire». Inscrire la conception de défense globale, c’est-à-dire civile et militaire, préventive et défensive, dans le budget est une idée séduisante qui pourrait, contrairement aux objectifs budgétaires purement militaires, «ne pas être refusée par principe par tous les gens de gauche», a précisé Ischinger.

Ce dernier n’a pas tort puisque le ministre des Affaires étrangères social-démocrate et encore président du SPD, Sigmar Gabriel, a justement expliqué que «la seule augmentation des budgets militaires» n’offrait pas de «garantie de sécurité» et qu’il fallait compter avec les milliards dépensés par l’Allemagne dans l’aide au développement ou l’accueil des réfugiés.

Pour Ursula von der Leyen, l’approche globale d’Ischinger et l’objectif de 3% sont cependant illusoires : «Nous ne devons pas nous leurrer avec un objectif de 2 + 1, car jusqu’à présent, nous n’avons pas atteint nos objectifs budgétaires, tant pour la défense que pour l’aide au développement», a-t-elle expliqué. En 2017, les dépenses militaires allemandes devraient monter à 1,22% du PIB. Quant à celles pour l’aide au développement, elles représentaient 0,52% du PIB, alors que la cible recommandée par l’Onu est de 0,7%. Face à cette valse de chiffres, M. Gabriel a demandé que la demande US ne soit pas «sur-interprétée».

Interrogée par TTU, la chercheuse allemande Claudia Major (département Politique de sécurité de l’Institut de politique internationale – SWP) souligne aussi que l’objectif d’un budget à 2% se discute : «Un tel objectif est purement quantitatif. Il mesure l’argent investi dans la défense (input), il ne mesure pas les résultats (output), donc la capacité militaire achetée. Si un pays veut dépenser son budget défense dans le personnel et les retraites militaires, il peut le faire. Donc l’objectif de 2% dit très peu sur la capacité réelle à se défendre», relève-t-elle en expliquant qu’une des questions intéressantes à l’avenir est de voir «quelles conséquences tireront vraiment les Américains si les Européens ne répondent pas à leurs exigences».

 

 

 

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