Brésil : un difficile bilan spatial

P. NORONHA DE SOUZAEngluée dans une impopularité croissante, des enquêtes et une procédure constitutionnelle mena­çant son second mandat, la présidente brésilienne Dilma Rousseff doit aussi assumer le bilan de son pré­dé­cesseur et certains de ses choix. Dont ce qui est présenté comme «le délire de Lula» : un lanceur spatial qui devait être construit avec le concours de l’Ukraine.

Un projet bilatéral gravé dans le marbre, qui, neuf ans plus tard, n’a abouti et qui est présenté comme «un échantillon des errances de la période Lula-Dilma» par la Cour des comptes fédérale (Tribunal de Contas da União – TCU), qui a conclu à l’impasse commerciale totale. Cela à l’heure de la révision déchirante d’un ambitieux programme spatial pour la période 2012-2021 (initialement doté d’un budget de 3 milliards d’euros), et alors qu’il reste à régler à Kiev quelque 150 millions d’euros de dédit.

Acculé par la crise économique, le gouvernement brésilien a dû réduire drasti­quement tous les budgets fédéraux et mettre un terme à dix années de «bricolage spatial», sur fond d’indépendance stratégique et de maintien forcé de l’activité du centre de lancement national d’Alcântara (CLA). Un centre construit en 1983, victime de plusieurs accidents et jamais rentabilisé.

Conduit par l’Agência Espacial Brasileira (AEB) avec le concours de la Força Aérea Brasileira (FAB), le projet spatial Cyclone 4 à Alcântara devait donner au Brésil, associé à l’Ukraine, l’accès au marché mondial des lanceurs de satellites à basse et moyenne orbite terrestre. C’est raté. La faute n’est d’ailleurs pas imputable au seul Brésil, mais aussi à l’Ukraine et aux difficultés financières répétées du constructeur de lanceurs spatiaux Youjmach, peu soutenu par les gouvernements qui se sont succédés à Kiev.

Tout ceci a été bien expliqué au TCU par Petronio Noronha de Souza, directeur de la politique spatiale à l’AEB, qui a aussi indiqué des différences de vues trop divergentes entre l’AEB et Youjmach. A l’avenir, avec un financement réduit, l’AEB va poursuivre sa mission en se focalisant sur des projets de moindre échelle en coopération avec d’autres partenaires. Notamment pour le lanceur à poudre de micro-satellites VLM-1 en coopération avec le Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt (DLR) allemand.

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