Armée de terre : l’enjeu des matériels

griffonPour l’armée de Terre, la remontée en puissance en termes d’effectifs doit s’accompagner d’une croissance des budgets d’équipement, afin de faire face aux faiblesses «structurelles» induites par l’âge avancé de certains équipements et les calendriers actuellement prévus pour d’autres. Et qui impliqueront, dans un proche avenir, de réelles limitations opérationnelles. Exemple : le programme Scorpion qui, selon le calendrier actuel, ne prévoit qu’une seule brigade opérationnelle en 2025, alors que 1 000 VAB vieux de cinquante ans seront encore en service !

Une cohabitation entre matériels récents et d’autres beaucoup plus anciens qui sera difficilement tenable en termes de gestion du parc et de MCO, avec des surcoûts très importants. L’armée de Terre propose donc l’accélération du programme, pour pouvoir compter trois brigades Scorpion en état de servir dès 2025.

Du côté des industriels, le GME Scorpion (Nexter, RTD et Thales) s’estime en capacité d’assurer cette montée en cadence. Car une capacité de production supplémentaire a été prévue pour d’éventuelles ventes à l’export : le GME a dimensionné l’outil de production du Griffon et du Jaguar à une capacité de deux fois les besoins — cible et calendrier — du marché national. D’autant que les faibles cadences actuellement prévues (24 véhicules par an) ont déjà conduit l’industrie à produire certains équipements en quantités supérieures à celles de la tranche notifiée (il s’agit notamment des canons CTAI de 40 mm et des missiles MMP, qui seront stockés).

Cette accélération pourrait au global réduire les sept tranches de production prévues du marché EBMR à quatre. Ce qui amènerait une fin de production des 1 668 Griffon et des 248 Jaguar en 2026 au lieu de 2033, soit une réduction d’environ sept ans. Cette accélération aurait un impact favorable lié à l’effet de la cadence : la diminution de la durée de production permettrait d’atteindre plus rapidement une productivité optimale, sans pour autant brusquer la courbe «d’apprentissage» des équipes, puisque la montée en cadence ne débuterait que deux ans après le début de la production (soit 2020 pour le Griffon et 2022 pour le Jaguar).

La réduction du délai de production limitera aussi le traitement des obsolescences pendant la phase de production, notamment au niveau de l’électronique et de l’informatique embarquées, aux cycles de vie inférieurs à dix ans. Enfin, elle simplifiera la question du MCO : le coût de maintenance annuel d’un AMX 10RC est 30% supérieur à ce que sera celui de son successeur, le Jaguar.

L’armée de Terre insiste aussi sur l’urgence, au vu de la résurgence des menaces étatiques de haute intensité, de combler les lacunes capacitaires en termes de moyens dans le haut du spectre. Il s’agit surtout de remplacer l’artillerie chenillée AUF1 par 32 Caesar, la question étant de savoir s’il s’agira de la version 6×6, déjà en service, ou de la version lourde en 8×8, aujourd’hui proposée à l’export.

Quant au «char du futur», sur lequel les équipes étatiques et industrielles des deux côtés du Rhin travaillent déjà, reste à définir le périmètre des moyens qui lui seront attribués… Tout ceci dans l’attente des 2% du PIB demandés par l’Otan, voire des 2,5 ou 3% évoqués par certains…

 

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