Armée de l’Air : la réorganisation à l’épreuve

VOLFA 15-2Faisant suite à l’exercice VOLFA 15-1, qui s’est déroulé de façon assez inaperçue en janvier dans le Centre de la France, le second volet, VOLFA 15-2, a servi de cadre, fin avril, à la mise en œuvre d’une bonne moitié des moyens matériels disponibles de l’armée de l’Air et en l’absence de toute contribution de l’Otan. Ceci selon un cycle de préparation des forces réalisé pour la toute première fois sous l’égide des nouvelles brigades créées au sein du Commandement des forces aériennes (CFA), commandement organique majeur de l’armée de l’Air.

Ces nouvelles brigades sont effectives depuis la rentrée 2014 et leur commandement, désormais installé sur la Base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac, sera tout entier concentré en Aquitaine une fois la Base aérienne 102 de Dijon-Longvic mise en sommeil et les Alpha Jet de l’Escadron Entraîne­ment 2/2 “Côte d’Or” transférés sur la BA120 de Cazaux. Au nombre de six, les brigades sont :

  • la Brigade aérienne du contrôle de l’espace (BACE), chargée de la détection et de la défense sol-air,
  • la Brigade aérienne des systèmes d’armes aériens (BASAA), responsable de la mise en œuvre opéra­tionnelle et de la maintenance,
  • la Brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC), qui réunit tous les escadrons de chasse à l’exception de ceux chargés de la dissua­sion nucléaire,
  • la Brigade aérienne d’appui à la ma­nœuvre aérienne (BAMAA), chargée des SIC et des installations aériennes,
  • la Brigade aérienne des forces de sécurité et d’intervention (BAFSI), qui réunit commandos, maîtres-chiens et pompiers,
  • la Brigade aérienne d’appui et de projection (BAAP) avec toute l’aviation de transport.

Soumise à un fort emploi du fait des OPEX “Barkhane” et “Chammal”, l’armée de l’Air a réalisé avec VOLFA 15-2 un véritable prodige. Surtout compte tenu des moyens en baisse qui sont les siens — depuis le retrait, l’an passé, des derniers Mirage F1 et l’augmentation des “missions d’accompagnement”, qui sont siennes depuis le choix du Rafale par l’Egypte, l’Inde et le Qatar.

Actuellement des aviateurs égyptiens sont en formation sur la BA118 de Mont-de-Marsan et d’autres, indiens et qataris, vont bientôt arriver pour prendre leurs quartiers sur la BA113 de Saint-Dizier, où est stationné l’Escadron de Transformation Rafale 2/92 “Aquitaine”. Pour le seul Qatar, ce ne seront pas moins de 100 mécaniciens et 36 pilotes qui devront être formés. Ce qui impliquera une gestion étroite des moyens d’entraînement : personnels, simu­lateurs et avions.

D’une durée de dix jours, VOLFA 15-2 avait pour thématique la capacité d’entrer en premier de la force aérienne sur une “zone de guerre” située au-dessus du Massif Central. «Conçu comme un exercice aérien de synthèse destiné à faire travailler entre elles les nouvelles brigades» — comme l’explique le directeur de l’exercice (Direx) —, VOLFA s’est déroulé avec toute la densité de menaces et de guerre électronique propre aux opérations actuelles. L’utilisation de la Liaison 16 (L16) étant privilégiée durant tout l’exercice, grâce à la possibilité de partage étendue des informations en temps réel qu’elle sous-tend et par sa discrétion d’emploi qui en font un atout exceptionnel.

Conduit à partir du Centre national des opérations aériennes (CNOA) de Lyon-Mont-Verdun, VOLFA 15-2 a été conçu à partir des retours d’expérience des précédentes éditions, avec deux sorties aériennes plus une nocturne par jour.

Pour faciliter les échanges entre les différents participants, notamment par les briefings communs, la plupart des forces avaient été regroupées au même endroit (soit 260 personnes), sur la BA118 de Mont-de-Marsan. Avec une vingtaine de chasseurs Rafale et Mirage 2000, une demi-douzaine de cargos et une cinquantaine de commandos de l’air, soutenus par deux hélicoptères H225M Caracal opérant à partir de la BA120 de Cazaux.

Cette force amie “Blue” était opposée à une force “Red” constituée, elle, des moyens aériens de la BA120 et de la BA115 d’Orange (Alpha Jet et Mirage 2000C) et de deux batteries de missiles sol-air Mamba avec des radars mobiles et un système de brouillage Scribe. Tout cela afin d’offrir une mise en condition optimale pour de futurs déploiements de l’armée de l’Air en OPEX. En soutien, l’on trouvait aussi un drone MALE Harfang, un ravitailleur C-135FR, un E-3F AWACS et un SIC complet et des parachutistes de l’armée de Terre.

Pendant dix jours, les participants ont eu l’occasion de mesurer “leur degré d’employabilité opérationnelle”. Avions de chasse, avions de transport, drones, commandos parachutistes, forces spéciales, systèmes de défense sol-air ont été à pied d’œuvre avec une disponibilité hors pair, les Mirage 2000 et Rafale étant des machines désormais bien en main, autant du côté des pilotes que des mécaniciens.

Nouveauté de VOLFA 15-2 : l’accent mis sur l’évacuation sanitaire des blessés (Evasan/Medevac), qui remplaçait le volet “Resco” traditionnel des exercices précédents. Fort de l’expérience acquise durant l’opération “Serval” avec le pré-déploiement sur zone (à Kidal) d’un Airbus CN235-300 médicalisé ayant permis de soigner les blessés sans délai et de les évacuer vers les hôpitaux de l’arrière, sauvant ainsi de nombreuses vies. Un avion du même type était mis en œuvre sur la BA118. Pour le médecin en chef et son personnel, médecins et infirmiers, «le Casa est l’avion idéal pour accomplir des évacuations sanitaires sur un théâtre d’opérations. C’est le véritable avion de brousse qu’il nous fallait pour ce travail. Voilà maintenant deux ans que les CN235 sont employés pour cela avec satisfaction».

Comptant 27 appareils (19 modèles “200” et 8 modèles “300”) et gérée depuis la BA110 de Creil, la flotte d’Airbus CN235 est utilisée autant en métropole que dans les Dom-Tom et en OPEX. Elle a remplacé en de nombreux endroits le C-160 Transall, plus lourd et plus coûteux d’emploi. Actuellement deux exemplaires sont déployés en permanence à Nouméa, deux à Tahiti, trois à Cayenne et, à compter de juin prochain, deux à Saint-Denis de La Réunion.

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