Afghanistan : les Super Tucano sur le pied de guerre

A 29 SUPER TUCANOC’est le général Abdul Wahab Wardak, chef d’état-major de l’armée de l’air afghane, qui a donné en ce mois d’avril 2016 le feu vert pour les premières opérations aériennes des nouveaux chasseurs-bombardiers légers A-29 Super Tucano livrés tout récemment par les Etats-Unis au régime afghan, afin d’y prendre la relève des derniers hélicoptères d’attaque russes Mi-24 / Mi-35, aujourd’hui à bout de souffle au terme de plusieurs décennies d’utilisation opérationnelle, et malgré l’ajout de cellules rénovées offertes il y a quelques années déjà par la République tchèque.

En prélude aux premiers vols de combat réalisés cette semaine par les Super Tucano dans le ciel afghan, le 11 février dernier sur l’aéroport international Hamid Karzaï de Kaboul, le président afghan Ashraf Ghani a présidé la cérémonie qui a marqué la renaissance officielle de l’aviation militaire afghane — Quvat-é Hava-yé Afghanistan — sous l’égide de l’assistance militaire des Etats-Unis. L’arrivée des premiers des vingt Embraer A-29 Super Tucano, assemblés en Floride par la firme Sierra Nevada, constitue en effet la dernière touche à la reconstitution d’une force aérienne afghane indépendante et homogène. C’est ce qu’a tenu à faire remarquer le président Ghani devant les aviateurs militaires afghans, pour la plupart très jeunes ou fraîchement sortis de formation.

Formés en Géorgie, au sein du 81st Fighter Squadron (réactivé en septembre 2014 et associé au 14th Flying Training Wing) de l’USAF sur la base aérienne de Moody depuis un an tout juste, les premiers des 30 pilotes et 90 mécaniciens afghans d’A-29 Super Tucano ont une particularité intéressante : ils sont tous jeunes, âgés d’une vingtaine d’années, et font partie intégrante de la nouvelle génération d’aviateurs afghans n’ayant aucun lien avec les forces du passé éduquées à l’école soviétique, ni même avec les moudjahidin des années de guerre civile. Volontaires, préalablement entraînés et qualifiés en école de base à Shindand, au sud de Hérat, sur des matériels nouveaux, les pilotes et «rampants» de l’armée de l’air afghane actuelle y ont appris à voler et travailler sur avion ou sur hélicoptère U.S. depuis quatre ans déjà. Y compris la première femme pilote de la nouvelle armée nationale, la sous-lieutenante Nilufer Rahmani, brevetée en mai 2013 et aujourd’hui pilote de Cessna 208 d’Evasan à Kandahar. Un sujet de recrutement visible et largement exploité, contre la propagande misogyne des talibans, par les médias gouvernementaux à Kaboul.

Arrivés en vol seulement le 15 janvier dernier au soir sur l’aéroport de la capitale, au terme d’un très long convoyage à travers l’Atlantique et la Méditerranée, débuté le 21 décembre 2015 à Norfolk en Virginie, c’est à bord du porte-conteneurs «MV Cape Race» que les quatre premiers avions sont arrivés d’une seule pièce au tournant de l’année sur la base navale U.S. de Rota en Espagne pour y être remis en condition et poursuivre leur voyage par les airs via la Crète, la Turquie et l’Iran. Accueillis au but par Mohammad Massom, actuel ministre afghan de la Défense, ces premiers appareils (pilotés par des instructeurs de l’USAF) ont été rejoints, depuis, par quatre autres arrivés fin mars portant ainsi l’effectif afghan courant à huit A-29, juste de quoi permettre les premières missions de combat au profit des troupes au sol prêtes à repousser l’offensive de printemps des talibans, annoncée à grands renforts de communiqués belliqueux.

Remarquablement bien dotés en moyens radio (postes V/UHF cryptés et Satcom) pour les liaisons aussi bien avec les troupes au sol qu’avec les états-majors tactiques, les A-29 afghans — assemblés et modifiés par Sierra Nevada à Jacksonville en Floride dans le cadre d’un contrat de 427 millions de dollars entièrement financé par le Pentagone — disposent aussi d’une boule FLIR (montée derrière le logement de train avant) pour les opérations de nuit et le pointage, de même que des lance-leurres et des blindages additionnels sur les flancs et sous le moteur destinés à les protéger contre des impacts de petit et moyen calibres. Si les avions EMB-314 (LAS) A-29 USAF serial numbers 13-2001 à 2006 sont destinés à rester à Moody AFB jusqu’à la fin du programme de formation, seuls les n° 2007 (YA1407) à 2014 (YA1414) ont été remis pour l’instant à l’armée de l’air afghane. Tous ces avions, y compris les n° 2015 à 2020 non encore livrés, sont du modèle A-29B et au standard du projet Light Air Support «Imminent Fury», un projet sous cape défini par l’U.S. Navy à partir du Retex opérationnel des forces spéciales colombiennes. Un résultat probant obtenu dans leur efficace lutte antiguérilla réalisée avec l’appui des A-27 Tucano et A-29 Super Tucano contre les maquis des FARC et de l’ELN. Armés de deux mitrailleuses de 12,7 mm dans les ailes, les A-29B afghans, tout comme ceux de la Fuerza Aérea Colombiana, peuvent emporter roquettes et bombes, y compris des munitions guidées laser. De quoi faire face aux talibans lors des embuscades contre l’Armée nationale afghane.

Rappelons que depuis décembre 2014 et le retrait du gros des forces combattantes U.S. décidé par le président Obama, l’Otan n’assure plus aucune mission de soutien aérien à l’ANA, laquelle ne peut désormais compter que sur ses propres moyens, soit une centaine d’hélicoptères (Mi-17, Mi-35, MD 530F et UH-1H) et une trentaine d’avions de transport (Cessna 208, An-32 et C-130H), des machines largement financées par les gouvernements U.S. et indien. Pour le brigadier général Christopher Craige, patron du 438th Air Expeditionary Wing de Kaboul, unité chargée de la formation, de l’entraînement et du soutien U.S. à l’armée de l’air afghane, il ne fait aucun doute que l’arrivée des A-29 va apporter un regain de puissance de feu et de réaction important aux forces gouvernementales, qui continuent à payer un lourd tribut face à la rébellion islamique. Rien que l’an passé, plus de 16 000 blessés et tués ont été décomptés dans les rangs de la police et de l’ANA, soit 28 % de plus qu’en 2014 avec 12 500, du fait de l’accroissement des attaques des talibans. Le général Craige est aussi le commandant en chef du TAAC-Air, composé de plus de 600 militaires et «contractors», y compris en provenance des pays alliés que sont le Danemark, l’Italie, la Croatie, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et la Turquie. Tous assistent le 438th AEW dans sa mission d’instruction et de soutien technique auprès de l’armée de l’air afghane. Rappelons que les Etats-Unis ont encore 9 800 soldats sur le territoire afghan, un nombre que le président Obama veut réduire à 5 500 au cours de cette année.

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