Libye : la guerre qui vient

LibyeLa situation en Libye devient critique. A partir de la zone qu’il contrôle, d’Al Buerat à Ben Jawad en passant par Syrte, Daech mène des opérations militaires dans toutes les villes situées le long de la route côtière de Sabratha à Derna. Les attaques sur les installations pétrolières contrôlées par le gouvernement de Tobrouk se sont multipliées, afin d’en affaiblir les ressources financières. Et les forces libyennes ou les milices comme celles de Misrata ne parviennent plus à maintenir l’intégrité de leurs zones de contrôle.

Près de 300 cadres de Daech venus de Syrie et d’Irak encadreraient environ 6 500 combattants djihadistes. La présence de Daech en Libye agit désormais comme un véritable aimant, non seulement pour les djihadistes locaux mais aussi pour ceux du Maghreb ou d’Afrique de l’ouest qui transitent par le Tchad ou le Soudan. Les effectifs ont doublé depuis les estimations effectuées au début de l’automne dernier.

Dans le même temps, c’est désormais un véritable cordon sanitaire qui se dessine autour de la Libye. Tant du côté algérien qu’égyptien, des renforts se positionnent sur les points de passages frontaliers, des hôpitaux de campagne sont mis en place et des éléments de la quatrième brigade d’infanterie britannique ont fait leur apparition sur la frontière tunisienne. Au sud, pour bloquer les flux de combattants et les tentatives d’infiltration de leur territoire, le Tchad (qui a levé des milices Toubous) et le Niger, assistés par les forces françaises, ont démultiplié leurs patrouilles. En effet, selon les derniers rapports, les opérations de Boko Haram (qui a prêté allégeance à Daech) se concentrent désormais sur les frontières avec le Cameroun, le Niger et le Tchad, afin d’acheminer des combattants en Libye. Les interviews réalisées par la presse locale de plusieurs militaires de haut rang évoquent la neutralisation de plusieurs commandos infiltrés. Daech aurait même tenté de séduire certains jeunes commandants Shebab en Somalie.

Si la France s’implique activement, les Etats-Unis ne sont pas en reste. Le Pentagone a débloqué 50 millions de dollars pour créer une nouvelle base de Reaper à Agadez, au Niger, et 200 millions de dollars pour former cette année les forces militaires régionales. Près de 250 militaires américains ont également été déployés sur la base camerounaise de Garoua, qui accueille désormais plusieurs drones Predator.

Un entraînement de trois semaines vient de s’achever près de Dakar, avec le support des forces spéciales américaines, canadiennes, belges et néerlandaises, avec au programme contrôle des frontières, patrouilles maritimes aux abords des eaux mauritaniennes, snipping, assaut des positions fortifiées, actions dans la profondeur… Mais, surtout, le chef d’état-major de l’armée nigériane, le général Olonisakin, a été reçu au QG des forces américaines à Stuttgart, il y a trois semaines, par le général Rodriguez, patron de l’African Command, pour préparer le déploiement de “plusieurs douzaines” de membres des forces spéciales américaines sur la base de Maiduguri, près du front au nord-est du pays, qui rejoindront ainsi les SAS britanniques déjà déployés. Et ce, en plus de la cellule de renseignement créée à Abuja, afin d’initier les premières opérations antiterroristes. Cela sera-t-il suffisant pour neutraliser Daech ?

Certes l’armée nationale libyenne, fidèle au gouvernement de Tobrouk et soutenue par l’Egypte et les EAU, a repris les combats la semaine dernière à Benghazi, en parvenant à reprendre certains fiefs de Daech mais aussi d’Ansar al-Sharia, comme les districts de Bouatni au sud, de Hawari et de Leithi, mais surtout le port de Marsa, qui assurait l’approvisionnement de Daech depuis la ville de Misrata. Mais cette armée reste affaiblie par les nombreux revers subis dans son fief, la Cyrénaïque, et la violence des combattants islamistes.

C’est pour cette raison que les forces spéciales occidentales présentes à Benghazi ou Misrata cherchent à identifier les groupes qui pourraient permettre de renforcer l’offensive au sol contre Daech. Mais le double jeu du gouvernement salafiste de Tripoli, Fajr Lybia, à l’égard d’EI, ajouté aux luttes intestines entre les milices tribales, complique la stratégie occidentale. Seule la tribu des Zintanis avec ses sept brigades, originaire du djebel Nefoussa, situé à 150 km au sud de Tripoli, proche du général Haftar, qui avait arrêté Sayf al Islam et démontré sa capacité à descendre dans le sud et à tenir la frontière avec la Tunisie, l’Algérie et le Niger, est un atout dans le jeu occidental.

Mais il faudra une intervention plus massive pour déjouer Daech. Si l’on peut imaginer une opération par le sud, via la bande de Marzouq, emmenée par les Etats-Unis et ses alliés africains, la presse israélienne annonce une opération franco-italo-égyptienne pour la fin du mois d’avril. Le porte-avions “Charles de Gaulle” aurait quitté le golfe Persique le 22 février, pour rejoindre la Méditerranée, en vue de manœuvres conjointes avec la marine égyptienne et sa Fremm “Tahya Misr” dès cette semaine. Toujours selon la presse israélienne, il s’agirait d’un préalable en vue d’une opération aéronavale, puis d’un assaut terrestre des troupes égyptiennes pour neutraliser les implantations de Daech sur la côte.

Mais pour les capitales occidentales et l’Onu, seul un accord politique entre les gouvernements de Tripoli et de Tobrouk permettra de désarmer efficacement les milices à la source de la guerre civile libyenne et d’éviter l’enlisement.

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